Voila plus de six semaines que je n'ai pas publié. Je reviens en effet d'un long voyage génial. je publierai abondamment photos et articles sur les différents coins que j'ai eu la chance de visiter, mais avant cela, un petit article plus terre à terre écrit pendant le voyage !
J'ai pour la Noëlle reçu un cadeau. Tout droit venu de France, un livre électronique est arrivé dans ma boîte aux lettres indonésienne. Grâce à la dépense somptuaire que mes trop bons parents ont du faire en frais de poste, j'ai receptionné l'engin juste avant de partir en voyage.
Je vous parlerai bientôt et abondamment de ce voyage qui vient de s'achever mais une grande partie de ce voyage a été occupée par de languides journées sur la plage et par de longs trajets en bateau ou en bus. J'ai eu beaucoup de temps pour lire et j'ai déjà bien etrenné mon joujou.
Je me permets donc de vous livrer un véritable test-conso, que j'espère digne d'un comparatif lessive.
Pour faire tout de suite dans le matériel, sachez que je suis l'heureux propriétaire d'une liseuse électronique "Kobo by Fnac", une machine du constructeur d'ebooks canadien Kobo mais commercialisée et dont les contenus sont censés être gérés par la Fnac.
Je ne comparerai pas les différents modèles de liseuses, ne les ayant pas testés. Je crois de toute façon qu'ils se ressemblent tous un peu et que leurs caractéristiques techniques sont assez homogènes.
De toute façon, et ceci m'amène à mon premier point, l'objet en lui même est excellent. La forme de la liseuse électronique est atteinte et je ne vois pas ce qu'on pourrait y ajouter:
La durée de la batterie est très longue, vous pouvez commencer un solide ouvrage de 600 pages sans crainte de la vider avant de l'avoir terminé. Les vendeurs annoncent en général une durée d'un mois, ce qui me parait excessif, mais qu'à cela ne tienne, de ce côté-là, rien que de très satisfaisant.
Le confort de lecture est lui aussi optimal, j'avais tenté une fois de lire un bouquin sur mon ordinateur, pensant que j'étais habitué à la brillance de nos écrans LCD, j'ai vite abandonné. Ici, rien de comparable, la technologie est vraiment aboutie, on fait difficilement la différence entre l'écran qu'on a entre les mains et une feuille de papier de la même taille. Lire en plein jour n'est pas un obstacle. Et en l'absence de tout rétro-éclairage, vos petits yeux filent sur l'objet sans plus se fatiguer qu'ils ne le feraient sur un volume de la Bibliothèque Rose.
Je ne fais pas partie de ces gens qui se sentent attachés à l'objet papier dans le sens contact physique. Je ne ressens pas de joie particulière à caresser de mes doigts les pages jaunies et granuleuses. Les tourner relève plus pour moi de l'acte fonctionnel que métaphysique. Je n'ai jamais possédé de lourds ouvrages poussiéreux aux belles reliures de cuir, faisant plutôt (comme tout le monde?) dans le format poche. Mais surtout, je n'ai jamais senti à plein nez mes bouquins, enivré de l'odeur sacrée des écrits. Je sais que bizarrement, cela compte pour beaucoup de gens et l'attachement physique au papier (que je crois parfois plus motivé par un romantisme de pacotille qu'un besoin sincère) semble encore aujourd'hui largement partagé.
Le seul avantage que j'accorderais au papier est d'ordre lacrymal. Dorénavant, lorsque je pleure d'émotion à la lecture d'une phrase migraineuse de Proust ou que c'est la comtesse de Ségur qui me fait rire au larmes avec les malheurs de sa petite Sophie, c'est un écran imperméable que j'inonde. Auparavant, mes larmes auraient été absorbées par le livre, mon sentiment dilué à l'encre de l'ouvrage.
Pour ce qui est de la mémoire disponible, pas de souci à se faire non plus. Même si l'espace de 2Gb peut paraitre ridicule par rapport aux 80Gb de l'Ipod de l'enfant gâté lambda, il permet de stocker jusqu'à 1500 bouquins. Ce qui est bien plus sans doute que ce qu'on dévore de littérature en une à dix vies (à vous de voir). Ceci est un atout certain, notamment en voyage, ou plutot que de trimballer de pesants volumes, on n'a que cet objet de 20 centimètres par 10 pas plus lourd dans son bagage que trois caleçons. Le fait de pouvoir stocker l'équivalent d'une bibliothèque municipale en un si petit espace permet d'autres douceurs. Mettons que vous lisez une idée, un passage qui vous fassent penser à une lecture antèrieure, que vous souhaitiez vérifier la chose. A moins d'être chez vous ou à la médiathèque du village, c'est impossible; avec le livre électronique, il vous suffit de fouiller l'interface de votre machine et le tour est joué.
En bref, l'objet livre électronique me parait parfaitement satisfaisant sur le plan philosophique comme pragmatique. Ni le regret du papier physique ni quelconque détail matériel n'ont jusque la troublé ma lecture. Je trouve que le support compte bien peu dans le plaisir ou l'instruction que l'on retire d'une lecture et la dématérialisation de l'écrit apporte même quelque confort.
A la lecture de cette première partie ultra-positive, vous devez vous exclamer "Sabre de Bois ! Alexis a t'il des actions la Fnac ?" ou plus radical: "Ma main à couper que ce vendu est payé par le lobby des liseuses électroniques". A vrai dire, assez de compliments pour aujourd'hui car le modèle commercial et l'offre de livres électroniques sont quant à eux déplorables. Si l'objet m'a jusque la largement satisfait, je suis régulièrement attéré à la fois par la maigreur de l'offre de livres électroniques et l'hypocrisie des distributeurs, dans mon cas la Fnac (une rapide inspection sur les sites des concurrents m'a laissé penser que c'est la même situation de partout).
Alors aujourd'hui, fini de rigoler, j'annonce le lever le rideau sur un marché aux grosses lacunes; les coulisses des pratiques scandaleuses d'un modèle économique qui se cherche encore.
Premier détail énervant, le genre de grosses acroches que vous voyez quand vous vous baladez dans la partie "Livres numériques" du site de la Fnac qui n'hésite pas a faire dans le "2 MILLIONS DE LIVRES A TELECHARGER". En plus petit, "dont 200 000 en français" comme si la Fnac réalisait d'un coup que la clientèle française ADORE lire en anglais ou en allemand, alors qu'il est évident que la lecture en VO ne concerne qu'une proporion ridicule du lectorat. Pareil pour des collections alléchantes du genre "Les classiques à petit prix" ou "..." en tête de gondole sur tout le site mais qui comptent chacune pour le moment moins de cinq ouvrages... On pourrait attendre plus honnête et plus abouti en terme de marketing.
Triste impression d'arnaque aussi du côté des livres gratuits, largement vantés sur la plate-forme. Annoncés par milliers, il n'y a qu'une poignée d'ouvrages non-payants en français, qui plus est de qualité médiocre. J'ai voulu relire les Contes de la Bécasse de Maupassant, que j'ai eu la joie de trouver gratuit sur le site de la Fnac, je me suis retrouvé avec un fichier .pdf tout sale, tout mal numérisé par une obscure université américaine... J'ai eu encore moins de chance pour "Du côté de chez Swann", de Proust, la version gratuite étant livrée sans les accents ! Plus génant, la Fnac ne se privait pas de vendre une version plus correcte alors que l'ouvrage est très officiellement libre de droits.
D'ailleurs, alors qu'on pourrait attendre que la dématérialisation du livre s'accompagne d'une baisse de prix (pas de production papier, mais pas non plus de transport), ce n'est souvent pas du tout le cas. On a ainsi des éditions numériques qui se vendent plus chères que des éditions papiers , bizarrerie s'il en est. ça peut atteindre des proportions bizarres, exemple, un livre de Houellebecq (à chacun son mauvais goût) se vendait un peu moins de 5 euros en version poche mais il fallait débourser 11 euros pour lire le livre en numérique... D'une manière plus générale, les prix restent très élevés, notamment tout ce qui est nouveautés, ou le différentiel entre l'imprimé et le digital est minime. Je ne sais pas à quoi c'est dû, il serait intéressant de pouvoir décomposer le prix mais à première vue, ca ne parait pas bien logique au vu de tous les coûts qui sont censés être supprimés par la dématérialisation.
J'arrêterai maintenant cette liste de coups de gueule qui ressemble de plus en plus au courrier des lecteurs du magazine précédemment cité. Dernier élément cependant, et le plus ennuyeux, la pauvreté de l'offre. Les prix littéraires les plus récents, les gros succès sont numérisés sans souci et vendus à prix d'or car très lucratifs mais le reste de la littérature est carrément oublié. Tapez Gary, Zweig, Auster ou même Levi-Strauss et Sartre, vous ne trouverez pour le moment pas la moindre trace numérisée de ces écrivains majeurs. Pire, pour beaucoup de ces pointures, impossible de trouver l'ombre d'un livre mais s'affichent des pages entières de fiches de lectures, biographies et autres ouvrages périphériques.
Une abherration qui résume bien en fait le gros problème du marché (légal) des livres électroniques pour le moment. Le segment étant encore frais, la priorité a été mise sur la rentabilité et un profit immédiat et les auteurs, la Littérature complètement oubliés. La Fnac et consorts préfèrent essayer de refourguer à la poignée d'acheteurs qui se sont essayés au livre électronique des fiches douteuses de type "Décrypter Nietzche en 58 pages" plutôt que de numériser "Ainsi parlait Zarathoustra". Une stratégie risquée puisqu'elle pourrait bien dégouter plus d'un lecteur.
Seule consolation peut-être, la jeunesse du marché. On ne peut qu'espérer qu'avec le temps et le mécontentement des lecteurs, les distributeurs vont se décider d'une part à numériser de plus grandes quantités de livres, ne se limiteront plus à un petit nombre d'ouvrages très lucratifs et d'autre part comprendront que même si ça un coût numériser les classiques est aussi rentable et plus honorable que de vendre des fiches de lecture en pagaille.
Malgré cette conclusion amère, sachez qu'Internet regorge d'ouvrages gratuits et accessibles en toute légalité car libres de droits. Une excellente occasion de lire les classiques du 19e par exemple et même jusqu'à Saint-Exupéry ou certains ouvrages de Camus !





























































